On oublie trop souvent que les deux tiers de la production fourragère française proviennent des prairies. Quelle est la valeur effective de ces fourrages ? Comment en valoriser la richesse ?

Interview de René Baumont, directeur de recherches à l’UMR sur les Herbivores, INRA (Theix, 63)

René Baumont

Comment définir la valeur d’un fourrage ?

La valeur alimentaire d’un fourrage s’exprime selon 3 composantes :

  • Sa digestibilité (l’énergie) qui dépend de la teneur en parois cellulaires non digestibles
  • Son ingestibilité qui dépend de son encombrement
  • La vitesse du transit dans le rumen et sa valeur azotée (les protéines) qui dépend de la teneur en matières azotées totales et de leur dégradabilité dans le rumen.

Ces valeurs varient fortement selon les espèces en présence dans la prairie. On a démontré que dans une association avec des graminées, les légumineuses augmentent non seulement la valeur azotée mais améliorent aussi l’ingestibilité du fourrage. On a remarqué que les prairies multi-espèces offrent une plus grande souplesse d’utilisation que les cultures pures car leur valeur alimentaire est plus stable dans le temps.

Comment évolue la valeur alimentaire au cours de l’année ?

Globalement quand la plante vieillit, sa valeur diminue (cf. graphe 1) : moins d’énergie donc moins digestible, plus d’encombrement donc moins ingestible et moins de protéines. La variation est plus ou moins rapide selon les espèces, plus lente pour les légumineuses que pour les graminées. De même plus les repousses vieillissent, plus la valeur alimentaire se détériore. En pratique, le stade de récolte est le déterminant fondamental de la qualité d’un fourrage conservé. Ainsi pour un ensilage préfané de dactyle ou de RGA, au moment de l’épiaison, on perd en 10 jours 0,08 UFL, 0,06 UEL et 6 g de PDIE, soit, si la ration n’est pas corrigée, une perte de production de 4 à 5 kg de lait par vache et par jour. Il est donc important, pour maximiser les quantités d’énergie et de protéines produites par hectare, de ne pas ensiler après le début de l’épiaison des graminées ou l’apparition des boutons floraux chez les légumineuses. Il est vrai que le stade de récolte est difficile à maîtriser, particulièrement en 2013, où la météo a retardé les récoltes du 1er cycle. Par contre au cours de l’été, des récoltes relativement importantes et de bonne qualité ont été possibles.

« Le stade de récolte est fondamental… »

Fourrage
Graphe 1 : Evolutions de la digestibilité (UFL), de l’ingestibilité (UEL) et de la valeur azotée (PDIN) au cours du 1er cycle de végétation d’un ray-grass anglais (variété précoce) (selon tables INRA 2007)

Quel est l’impact des différents modes de récolte sur la valeur alimentaire ?

Il n’est plus à démontrer que l’herbe pâturée au 1er cycle offre à la fois la meilleure densité énergétique et une forte concentration en protéines (cf. graphe 2). Le séchage en grange permet de préserver un maximum de valeur alimentaire par des récoltes précoces. Plus le fanage est important, plus la valeur énergétique diminue. L’ensilage entraîne une perte notable de valeur azotée. Outre une grande souplesse des récoltes, l’enrubannage de fourrages mi-fanés permet d’obtenir un fourrage de valeur intermédiaire entre l’ensilage préfané et le foin.

Fourrage
Graphe 2 : Relations entre la densité énergétique des fourrages et leur concentration en protéines digestibles par unité fourragère (extrait revue fourrages n°198)

L’apport de protéines est un atout majeur des prairies. Comment en tirer le meilleur parti ?

Les matières azotées du fourrage sont diversement valorisées par les herbivores. La dégradation d’un fourrage trop riche en azote dans le rumen entraîne une perte sous forme d’ammoniac dans l’urine. Si l’énergie et l’azote sont mieux équilibrés dans le fourrage, l’azote non dégradé dans le rumen sera ingéré dans l’intestin grêle et bien valorisé par l’animal. Certaines légumineuses particulièrement riches en tanins (sainfoin, lotier) favorisent ce mécanisme mais elles sont peu productives. Le trèfle violet, pour sa part est plus productif que les autres. Il contient une enzyme, la polyphénol oxydase, qui rend ses protéines plus valorisables par les animaux. D’où son grand intérêt pour les éleveurs.

En fait, l'herbe n'a jamais eu autant d'avenir ?

Certes l’herbe rend des services nombreux à l’environnement, bien cultivée et bien exploitée, elle a toujours un avenir dans la diversité des systèmes fourragers français.

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