Rien ne sert de récolter l’herbe au bon stade si les moyens mis en œuvre pour la conservation laissent à désirer. Un rappel des bonnes pratiques s’impose.

Synthèse réalisée avec le concours de Bernard Andrieu (Lallemand Animal Nutrition)

Surveiller les pertes

Comme tout procédé de conservation, l’ensilage entraîne des pertes, tant en matière sèche (gaz, jus, moisissures) qu’en valeur alimentaire. Alors qu’un bon ensilage perd moins de 10 % de la MS récoltée, un mauvais peut en perdre la moitié voire la totalité si le fourrage ne peut être consommé.

« Des pertes estimées entre 7 et 30 % de la récolte »

Ces pertes sont la conséquence de processus fermentaires mal maîtrisés mettant en cause différentes populations de micro-organismes. Certaines populations sont très bénéfiques comme les bactéries lactiques, particulièrement les homofermentaires qui ne produisent que de l’acide lactique à partir des sucres. D’autres sont carrément néfastes car elles consomment des ressources précieuses (les protéines ou l’acide lactique) ou produisent des substances indésirables (acide butyrique, acide propionique, amines, ammoniac) qui nuisent à la consommation du fourrage, et au-delà, à la qualité du lait. Selon les caractéristiques du milieu (acidité, oxygène, humidité, température), les micro-organismes trouvent des conditions plus ou moins favorables à leur croissance.

Fourrage
Rôles des micro-organismes selon les conditions de conservation (en vert favorables, en rouge défavorables)

Privilégier les bonnes fermentations

Pour conserver un fourrage par la voie humide, il faut obtenir simultanément l’anaérobiose et l’acidification du milieu.

L’anaérobiose (absence d’oxygène) s’obtient par la compaction lors de la réalisation du silo (ou de la balle enrubannée) et le maintien de son herméticité. Faute d’anaérobiose, les glucides seront brûlés et la matière sèche disparaîtra (d’où l’affaissement du silo ou de la balle).

L’acidification du milieu doit être atteinte le plus vite possible pour favoriser le développement des bactéries lactiques et le pH doit être maintenu en dessous de 41 pour inhiber les micro-organismes inopportuns (clostridium, listeria, salmonelles…). Des plantes riches en sucres solubles sont faciles à conserver à un faible taux de MS. Les travaux d’Arvalis (cf. graphique) montrent qu’on peut conserver un ensilage de RGI, RGA ou brome à 20 % de MS, alors qu’il faudra un taux de 35 % MS pour conserver un ensilage de luzerne. En effet la luzerne est peu riche en sucres et son pouvoir tampon est important du fait de sa MAT et de sa teneur en matières minérales, or, pour être stabilisé, un fourrage sec nécessite moins d’acide qu’un fourrage plus humide. À partir de 80 % MS (foin), les micro-organismes sont inactivés et le fourrage n’évolue plus.

Silo

Conservation Fourrage
Aptitude des espèces fourragères à la conservation (source : Institut Arvalis-Institut du végétal)

Quelques points d’attention pour une bonne récolte

  • Récolter au bon stade

Le meilleur compromis entre la quantité et la qualité se situe au tout début de l’épiaison des graminées ou du bourgeonnement des légumineuses. En fauchant en fin de journée, on concentrera un maximum de sucres solubles.

  • Faucher au-dessus de 7-8 cm

Non seulement la contamination par les spores butyriques de la terre sera minimale et l’acidification sera plus facile (pouvoir tampon réduit car moins de matières minérales), la repousse de la prairie sera meilleure.

  • Pour l’ensilage, hacher à 3-4 cm de longueur

Les bactéries attaquent plus facilement les brins courts que les longs, d’où une acidification plus rapide. Par ailleurs, le tassement sera plus facile avec des brins courts.

  • Obtenir un % MS minimum de 30 % en ensilage, 50 % en enrubannage

Par une utilisation optimale, selon la météo, des outils favorisant la dessiccation (préfanage, fanage, conditionnement).

  • Viser une densité optimale de 220 kg de MS/m3

Dans le silo, ne pas faire des couches de plus de 20 cm d’épaisseur2 en adaptant les moyens de tassement au débit du chantier. Un silo couloir est plus facile à tasser qu’un silo taupinière.

  • Fermer hermétiquement et rapidement

Avec 1 voire 2 bâches. Veiller à la qualité du plastique et à l’absence de trous. En enrubannage, adapter le nombre de couches à la fibrosité du fourrage.

  • Au désilage, avancer le front d’au moins 20 cm/jour

Pour réduire les pertes par oxydation sous l’effet des champignons (alcool, chaleur).

Du bon usage d'un conservateur…

Un conservateur peut se révéler fort utile en conditions limites d’humidité du fourrage ou de faible teneur en sucres (fort pouvoir tampon). À côté des conservateurs acides (formique, propionique), il existe des conservateurs biologiques plus faciles d’emploi et utilisables en agriculture biologique. Des formulations combinant des bactéries lactiques à des enzymes permettent d’atteindre rapidement le pH de stabilité et de préserver la valeur alimentaire. Ainsi pour un coût modique (environ 2 €/t de matière verte) on sécurise l’ingestion du fourrage conservé.

1 En enrubannage, un pH minimum de 5 suffit, compte tenu du taux de MS.
2 Correspond à la profondeur de tassement des pneus de tracteur.

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