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Jean-Marc Seuret
Ingénieur d’études au pôle herbivore
des Chambres d’Agriculture de Bretagne
En Bretagne, où la moyenne de production est de 8 000 kg, nous sommes habitués aux troupeaux à production très élevée. L’expérience montre qu’il est dans ce cas tout à fait possible d’avoir un système fourrager avec du pâturage, à condition d’offrir des fourrages de qualité, avec non seulement de l’herbe pâturée mais aussi de l’ensilage de maïs et de l’ensilage d’herbe.
Ils ne sont pas incompatibles avec le pâturage. La taille du troupeau est d’ailleurs une notion toute relative. Dans le sud de l’Angleterre ou en Nouvelle Zélande, un « grand troupeau » compte au moins 200 à 250 vaches, et le pâturage y constitue la base de l’alimentation. En Bretagne, nous considérons qu’un troupeau est de grande taille lorsqu’il compte plus de 80 à 100 vaches.
Nos suivis de fermes de référence avec des grands troupeaux montrent qu’il est possible de les conduire sans problème en pâturage avec deux conditions : une surface de pâturage accessible par les animaux et un parcellaire aménagé. N’oublions pas que l’UF de l’herbe pâturée revient quatre fois moins cher que l‘UF des fourrages stockés. Lorsque c’est possible, il est vraiment dommage de s’en priver.
Les vaches doivent disposer en moyenne de 30 ares de prairie accessibles* pour maintenir une part de pâturage non négligeable dans leur alimentation. Or malgré l’augmentation récente de la taille des troupeaux, cette surface est en moyenne de 50 ares en Bretagne. Il existe donc une marge de manoeuvre.
Cela étant dit, cette surface peut dans certains cas, constituer une contrainte structurelle. Par exemple, le regroupement sur un même site de deux élevages de 40 vaches distants de plusieurs kilomètres, divise par deux la surface accessible par vache laitière. Pour revenir à une surface satisfaisante, des solutions existent. Des échanges de parcelles avec des voisins ou la création de nouveaux chemins peuvent être envisagés. Des modes de conduite particuliers sont adoptés par les grands
troupeaux : diviser le troupeau en deux, selon la date de vêlage et jouer sur les dates de mises à l’herbe, voire installer dans une prairie plus éloignée le lot proche de la fin de lactation qui n’est trait qu’une fois par jour.
Avec l’augmentation de la taille des troupeaux, les risques sont exacerbés notamment en conditions humides. Il est primordial de disposer de chemins de qualité, car ils vont s’abîmer plus vite s’ils sont piétinés par deux fois plus d’animaux. Il faut accepter d’investir dans des chemins bien pensés, de les élargir au moins aux abords des bâtiments, ou de les empierrer. Il est aussi important que l’eau s’en évacue bien, en les bombant légèrement. Il faut éviter les rétrécissements ou les angles trop brusques qui peuvent causer des embouteillages. Il est aussi nécessaire de bien penser les points d’eau, voire de prévoir une entrée et une sortie par paddock, pour que les animaux ne piétinent pas toujours le sol au même endroit. La gestion du pâturage doit aussi être très rigoureuse, même si les règles sont les mêmes que pour les troupeaux de taille plus modeste, mais là encore chaque petite erreur peut prendre des proportions excessives. Notre expérience peut être extrapolée à la Basse- Normandie et aux départements limitrophes comme la Mayenne.
La Bretagne dispose d’un climat humide qui permet une production d’herbe de qualité toute l’année. Ailleurs, il faudra prendre en compte les contraintes spécifiques de chaque région.