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Damien Larbre
Conseiller agricole, spécialiste
de la culture de la luzerne à Coop de France Déshydratation
C’est une culture assez facile à mettre en place mais qui présente des exigences en termes de type de sol : il lui faut obligatoirement un pH supérieur à 6,5 et une alimentation en eau relativement bonne. Son besoin en eau est de 50 mm par tonne de matière sèche produite.
C’est la raison pour laquelle elle affectionne particulièrement les sols de craie de Champagne, qui bénéficient d’un pH élevé et d’une disponibilité en eau importante. Cela étant dit, de nombreuses autres régions peuvent convenir à la culture de la luzerne. Des éleveurs en produisent un peu partout en France. Lorsque les conditions sont réunies, le rendement varie de 12 à 14 tonnes de MS/an en général en quatre coupes.
La luzerne est une plante qui produit beaucoup de matière verte. Mais elle ne développera sa masse végétale aérienne que si son système racinaire a pu se développer correctement. En d’autres termes, elle fait du pivot avant de faire des feuilles.
Certains sèment leur luzerne au printemps mais le meilleur compromis technico-économique est de l’implanter très tôt en début d’été, derrière la culture précédente. L’idéal est derrière l’escourgeon, dès la première quinzaine de juillet. Elle peut ainsi bénéficier d’une longue période de croissance avant l’arrivée de l’hiver. La Bretagne, avec des hivers moins rigoureux, peut se permettre des semis un peu plus tardifs. Certains agriculteurs ont pris l’habitude d’implanter la luzerne dans leur semis d’orge de printemps.
C’est assez délicat à conduire mais pour ceux qui maîtrisent bien la technique, c’est jouable. Le semis se fait en général avec un semoir classique à céréales, en visant 1 000 graines/m2, soit environ 25 kg/ha en début d’été. L’objectif est d’obtenir 700 plantes/m2 après le premier hiver.
Test de germination en laboratoire : les
semences de luzerne exigent un semis soigné. Chaque technique présente ses avantages et ses inconvénients. La moitié des agriculteurs optent pour un semis après labour. C’est une méthode qui permet d’obtenir une parcelle bien propre, de réduire l’utilisation d’herbicides et d’assurer un bon rendement.
Mais elle coûte assez cher en termes de temps de travail et de carburant. Un quart des producteurs préfèrent les techniques de travail du sol simplifié. La levée est assez rapide, l’implantation relativement bonne et le rendement quasi-équivalent à celui d’un labour. Mais la gestion des mauvaises herbes est plus compliquée. Le dernier quart des agriculteurs fait le choix du semis direct. C’est une solution économique mais qui peut engendrer des problèmes de structure du sol. La levée est en général plus rapide, mais l’implantation plus lente et les rendements souvent inférieurs. En cas de semis classique, l’enjeu va être de maintenir une bonne humidité dans les 2 à 3 premiers centimètres du sol.
Pas d’azote bien sûr, par contre un apport de Rhizobium meliloti* si la parcelle n’a jamais eu de luzerne. Il conviendra ensuite d’apporter tous les ans pendant l’hiver les autres éléments en fonction des analyses de sol pour couvrir les besoins de la luzerne, à savoir par tonne de matière sèche produite, 30 kg K2O, 6 kg P2O5 et 3 kg MgO.
C’est le désherbage qui cause le plus de soucis, d’autant que de nombreux produits ne sont plus autorisés au printemps. Seuls deux anti-dicotylédones peuvent être employés à l’automne après la levée, le 2,4 D et le bentazone. La seule solution de rattrapage au printemps sera une intervention mécanique.
En anti-graminées, la palette est plus large et il est possible de ré-intervenir au printemps en respectant bien les délais avant récolte. Hormis un traitement ponctuel contre les sitones à la levée, la luzerne n’a pas besoin de traitements insecticides. Elle ne nécessite pas non plus d’anti-limaces, ni de fongicides. La sélection a permis d’obtenir des variétés résistantes aux maladies et aux nématodes. La luzerne consomme très peu de produits de protection, c’est un de ses principaux avantages. Implantée pour trois ans, elle constitue aussi un excellent précédent à blé qui structure très bien le sol.
Jean Lundy
Exploite 108 hectares
de grandes cultures dont
9 de luzerne, dans le nord-est
du département de la Marne
J’en cultive depuis que je suis installé, pour la coopérative de déshydratation de Pauvres dans les Ardennes, à 15 km de chez nous. J’ai implanté jusqu’à 15 hectares, mais ces dernières années la conjoncture était un peu moins favorable pour la luzerne. Si la PAC lui redonne un petit coup de pouce, il est très probable que j’augmente à nouveau mes surfaces dans les années à venir.
C’est d’abord une plante qui s’adapte très bien à nos sols de Champagne et qui constitue une excellente tête d’assolement. Elle structure très bien le sol et piège l’azote qui sera ensuite disponible pour les deux cultures suivantes. L’année qui suit une luzerne, nous obtenons 4 à 5 q/ha de plus en blé et la deuxième année, 2 à 3 t/ha de plus en betteraves.
La luzerne est aussi une plante écologique qui demande très peu d’intrants et pas du tout d’azote. Elle dégage une marge brute légèrement inférieure à celle du blé. Mais lorsqu’on réintègre les avantages sur les cultures suivantes, sa rentabilité rattrape sans problème celle du blé.
Non, je l’implante sous couvert d’une orge de printemps en février-mars pour deux à trois ans. J’opte pour une variété productive et résistante aux nématodes et à la verse.
Après la récolte de la céréale, à l’automne, j’applique un anti-graminées pour éliminer les repousses d’orge. Ponctuellement, il nous arrive de devoir réaliser un traitement insecticide, mais c’est tout. Pour les engrais, nous apportons chaque année, 360 unités de potasse, 140 de phosphore et 70 de magnésie. Nous réalisons quatre coupes, livrées le jour même à l’usine. Ce qui nous permet d’atteindre un rendement annuel compris entre 9 et 14 t/ha.
Éric Guillemot
Directeur de Coop de France
Déshydratation qui regroupe
18 coopératives de déshydratation
de luzerne et 10 000 planteurs
Ce mode de conservation nous vient des états-Unis et s’est surtout développé après l’embargo sur le soja de 1973. La luzerne est la championne du monde de production de protéines à l’hectare, devant les pois et le soja. Avec un rendement moyen en France de 12,5 tonnes de MS/ha, elle produit 2 500 kg/ha de protéines. Elle est aussi appréciée pour sa richesse en fibres et en oméga 3.
Sur les 320 000 ha de luzerne, 85 000 sont destinés à la déshydratation. Aujourd’hui, on compte 30 sites de déshydratation pour 19 entreprises, dont 18 coopératives. Depuis 4-5 ans, l’évolution de la PAC a conduit les entreprises à renforcer leur compétitivité et à se concentrer. Encore cette année, les deux principales coopératives de Champagne, Alfalis et Euroluz, fusionnent pour former Luzéal, qui produira à elle seule 400 000 t/an de produit fini. La région Champagne-Ardenne représente d’ailleurs 80% de la production nationale qui oscille entre 850 000 et 1 million t/an. Nous déshydratons la luzerne sous forme de granulés (environ 750 000 t) et de balles de fibres longues (150 000 t).
En 2012, la part des aides européennes qui était encore versée aux industriels va être transférée aux producteurs dans les DPU. Potentiellement, les surfaces risquent de baisser.
Mais la luzerne devrait entrer en 2012, dans le plan protéines et maintenir son attractivité. Nous allons poursuivre les efforts pour encore améliorer notre compétitivité. Grâce aux travaux engagés depuis 3 ans, nous allons économiser 30 à 40% d’énergie, en utilisant de la biomasse (bois...) comme combustible et en pratiquant le préfanage au champ et la fragmentation (broyage et pressage avant déshydratation). Nous ne sommes pas pessimistes pour l’avenir de la luzerne. Nous sommes pro-actifs.
Nous avons retenu cette espèce essentiellement pour son apport en protéines (car le soja est interdit en AOC Roquefort) et pour ses fibres qui permettent aux brebis de bien ruminer.
Surtout sous forme de foin. Nous en avons actuellement 12 hectares. Nous semons en général la luzerne pour quatre ans, en pur ou en mélange avec du dactyle. Nous réalisons quatre coupes (environ 10 tonnes de MS/an) que nous séchons à 100% en grange depuis cinq ans. C’est la formule idéale pour disposer d’un foin de qualité et sans aucune perte. Les brebis en début de lactation consomment 2,5 kg de foin de luzerne et de ray-grass et 400 g d’orge par jour. Nous leur donnons aussi 500 g/jour de bouchons de luzerne que nous achetons en Champagne. Les animaux disposent ainsi d’une alimentation bien équilibrée et qui leur plaît.
Nous nous sommes intéressés à la luzerne il y a neuf ans. À l’époque, nous avions des problèmes d’acidose dans notre troupeau. Nous avons lu plusieurs articles dans des revues agricoles qui mettaient en avant les qualités de la luzerne.
Nous nous sommes lancés et depuis nous ne le regrettons pas. Grâce à la luzerne, les vaches n’ont plus aucun problème de santé. Finies les cures de levure et de bicarbonate !
Nous implantons environ 6 hectares de luzerne, en général pour trois ans. Nous ensilons les deux premières coupes et mettons en foin les deux ou trois suivantes, avec un rendement total d’environ 12 tonnes de MS/ha/an.
Nous distribuons chaque jour aux vaches 1,5 kg de luzerne, sous forme de foin le matin après la traite, puis 5 kg de MS de luzerne sous forme d’ensilage, avec l’ensilage de maïs et le maïs grain humide. Cela nous fait économiser 600 g/j de soja. Et les résultats ont été impressionnants. La même année, nous avons changé les tapis des logettes, il est donc difficile de savoir quel est le facteur qui a apporté le plus. Toujours est-il que nous avons gagné 1 000 litres de production par vache. Pour rien au monde, nous ne reviendrions en arrière.
Je cultive 24 hectares de luzerne, 6 pour la déshydratation et 18 en association avec du dactyle, que je récolte en foin. C’est la coopérative de Baigneux-les-Juifs qui déshydrate mes trois coupes de luzerne. Je les récupère sous forme de bouchons parfaitement bien tracés. J’ai opté pour la luzerne car je produis de la viande sous la marque de qualité Blason Prestige du Limousin. Le cahier des charges exige que nous utilisions des aliments simples, si possible produits sur l’exploitation.
C’est une protéine de qualité pour la production de viande. Elle fournit des animaux avec une bonne tenue de carcasse et donne à la viande une couleur bien rouge. Grâce à sa richesse en fibres et en oméga 3, les animaux respirent la santé. Avec un rendement de 10 à 12 tonnes de MS/ha/an, c’est un aliment qui, produit sur l’exploitation, nous préserve de la volatilité des prix. C’est également une plante qui s’intègre très bien dans la rotation.
Jacques Subtil
agriculteur retraité dans la
Marne et président de l’aPEF,
association pour la Promotion
des Extraits Foliaires en nutrition
Deux milliards d’êtres humains souffrent actuellement de malnutrition. Leur alimentation insuffisamment diversifiée est carencée en protéines, lipides, vitamines et minéraux. Ces éléments se trouvent en quantité importante dans les feuilles de végétaux verts, et en particulier dans la luzerne. Dès les années 1960, des chercheurs anglais ont démontré l’intérêt des extraits de feuilles de végétaux, pour lutter contre la malnutrition. Les résultats étaient excellents mais la méthode d’extraction trop coûteuse a stoppé le projet. En 1975, la coopérative France Luzerne a mis au point un procédé industriel d’extraction pour l’alimentation animale à faible coût. En 1993, l’aPEF a repris l’idée anglaise et adapté ce procédé industriel à la consommation humaine.
une quinzaine d’essais conduits par des médecins, parmi lesquels les professeurs bertin de l’université de reims et Mathur de l’université indienne du rajasthan, ont permis de confirmer l’intérêt des Extraits Foliaires de Luzerne (EFL) en nutrition humaine, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, mais aussi pour les séropositifs VIH.
Oui bien sûr. aujourd’hui l’aPEF est présente dans plus de 20 pays. À ce jour, plus de 60 millions de doses journalières d’EFL ont été distribuées par des organisations locales. Les enquêtes et rapports médicaux de leurs responsables sont unanimes pour constater une amélioration rapide de l’état général des individus supplémentés.
La dose journalière d’EFL est de 5 à 10 g pour un enfant et 10 à 15 g pour une mère, soit 2 à 6 kg par an. Le coût est faible, 3 à 9 € par personne et par an. Les EFL peuvent améliorer la vie de millions de personnes en les faisant sortir de la malnutrition. aujourd’hui 40 000 scolaires en bénéficient déjà régulièrement.