fourrageres / Renovation des prairies naturelles

Bruno Osson
Technicien Développement au GNIS,
Groupement National Interprofessionnel
des Semences

INTERVIEW : Bruno Osson
Groupement National Interprofessionnel
des Semences


Pourquoi s’interroger sur la qualité de ses prairies ?

Au fil du temps, la flore d'une prairie se compose de graminées, légumineuses, autres dicotylédones et mousses.
Sa composition est le reflet d'un sol et d'un climat, mais aussi d'une façon d'exploiter et de fertiliser l'herbe.
La production des prairies représente le poste de l'exploitation où la marge de progrès est la plus importante. La rénovation d’une prairie permet de gagner quelques tonnes de matière sèche, donc de réduire ses surfaces fourragères au profit de cultures de vente.
Elle permet aussi d’améliorer la qualité et l'appétence, de mieux répartir la production pendant la saison, de réduire les achats extérieurs et de mieux valoriser le concentré.

Quand faut-il décider la rénovation ?

De nombreux indices peuvent être révélateurs d’une flore en régression, comme la baisse de la productivité ou le comportement des animaux. En troupeau allaitant, quand les gros veaux vont boire aux autres mères, en troupeau laitier quand les vaches vont se coucher plus de deux heures après la traite.Plus de 10 refus pour 10 mètres peuvent aussi être un indice, de même que des adventices trop nombreuses, trop d’espaces vides ou une flore trop précoce par rapport aux objectifs d'exploitation. Il est important de comprendre pourquoi la flore s'est dégradée pour ne pas répéter les mêmes erreurs (surpâturage ou sous-pâturage, accident climatique, flore mal adaptée à l'objectif d'exploitation). Dès que la fréquence de bonnes graminées et légumineuses descend au-dessous de 30%, une intervention s'impose.

Comment intervenir ?

Par une rénovation totale ou par un sursemis. La rénovation totale passe par une destruction de la prairie. Le labour est assez lourd à mettre en place dans des sols souvent fragiles. Il peut être remplacé par un glyphosate à l’automne, avec reprise du sol et semis au printemps.
Sursemis avec un semoir à disques pour semis direct.
Cette technique peut être utilisée en semis direct après avoir détruit la flore, une dizaine de jours auparavant, avec un désherbant total systémique.
Le semis direct, moins gourmand en temps,peut aussi être envisagé dix jours après le traitement au glyphosate. Le sursemis est une alternative intéressante. Il permet un maintien de la flore initiale tout en augmentant la fréquence des bonnes graminées ou légumineuses.
Il permet aussi le maintien de la parcelle dans le cycle de production et ouvre l'accès au progrès génétique,à des parcelles difficiles d'accès ou qui présentent des contraintes diverses. Il peut être réalisé en semis direct ou tout simplement après un passage de herse lourde agressive suivi d’une distribution de semences à la volée et d’un tassement.

Comment choisir l'espèce et la variété à implanter ?

Bien choisir l'espèce et la variété est fondamental pour bénéficier du travail du sélectionneur. Le choix de l'espèce devra répondre à six questions : quel type de sol, quelle période d'utilisation, quel objectif d'exploitation, sous quelles contraintes climatiques, pour combien d'années et pour quels types d’animaux ?
Le choix de la variété dépendra, quant à lui, de critères spécifiquesà chaque espèce : ploïdie, précocité, type botanique ou résistance aux maladies.


Quel sera l’impact économique d’une rénovation de prairie ?

Le coût d'une rénovation peut se réduire à l'achat de la semence, et à quelques heures de tracteur ou de prestation de semis.
Cette somme,qui s’amortit sur 3 à 5 ans, conduit au final à un prix de revient très faible de la tonne de matière sèche.
De son côté, l'amélioration de la flore permet d'augmenter le nombre de jours de pâturage et la quantité de fourrage pâturé par rapport au volume de fourrage récolté.
Or un fourrage pâturé coûte trois fois moins cher qu’un fourrage récolté. Un fourrage de qualité supérieure valorise également mieux l’aliment concentré et réduit la substitution concentré-fourrage. De même, le coût de la récolte par tonne de matière sèche diminue par la simple augmentation de la productivité/ha.

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