À retenir :

  • On distingue la petite altise (altise des crucifères), active dès la levée, et la grosse altise (altise d'hiver), qui arrive plus tard à l'automne.
  • Le vrai risque vient souvent des larves de grosse altise, qui creusent des galeries et peuvent atteindre le bourgeon terminal.
  • Un colza qui atteint vite le stade 4 feuilles supporte bien mieux les morsures d'adultes.
  • La surveillance à la parcelle prime sur le seuil brut : c'est la vitesse des dégâts comparée à la vitesse de croissance qui décide.

Grosse altise ou petite altise : comment les distinguer ?

Sous le terme d'altise du colza se cachent en réalité deux ravageurs différents, qui n'interviennent ni au même moment ni de la même façon. Les confondre, c'est risquer de mal caler sa surveillance.

Critère Petite altise (altise des crucifères) Grosse altise (altise d'hiver)
Taille de l'adulte 2 à 2,5 mm 3,5 à 5 mm
Aspect Noir ou bicolore, bandes claires possibles Noir brillant à reflets bleutés, pattes et antennes rousses
Période d'activité Dès la levée, souvent fin août à septembre À partir de mi-septembre jusqu'en octobre
Stade du colza concerné Cotylédons à 3-4 feuilles Cotylédons à 3-4 feuilles pour les adultes, puis rosette et hiver pour les larves
Type de dégâts Morsures sur cotylédons et jeunes feuilles Morsures d'adultes puis galeries de larves dans les pétioles et la tige
Risque principal Destruction rapide des jeunes plantules Dégâts larvaires en hiver et à la reprise

Ne pas confondre l'altise avec d'autres ravageurs

Deux confusions reviennent souvent au champ. La première entre petite et grosse altise : la période d'apparition aide à trancher, la petite arrivant plus tôt sur les jeunes plantules. La seconde, plus délicate, concerne les larves. La larve de grosse altise se reconnaît à un critère simple : elle possède trois paires de pattes visibles, contrairement aux larves de charançons ou de mineuses qui en sont dépourvues. Son corps est blanc translucide, avec des plaques thoraciques pigmentées, et mesure jusqu'à 8 mm en fin de croissance.

Quels dégâts l'altise provoque-t-elle sur le colza ?

Tous les dégâts d'altise n'ont pas le même poids. Les morsures d'adultes se voient vite et inquiètent, mais ce sont souvent les larves qui pèsent le plus lourd sur le rendement.

Les morsures d'adultes sur jeunes colzas

De mi-septembre à fin octobre, les adultes se nourrissent des cotylédons et des jeunes feuilles. Sur un colza peu développé, le feuillage peut être criblé de morsures circulaires, parfois perforantes. Le danger est proportionnel au retard de la culture : une plantule qui dispose de peu de surface foliaire encaisse mal ces prélèvements, alors qu'un colza déjà installé les compense sans difficulté.

Les larves de grosse altise, le risque majeur en hiver

À partir de mi-octobre, la ponte démarre au pied du colza. Les larves éclosent, pénètrent dans la plante et y creusent des galeries qui perturbent la circulation de la sève. Ces cavités fragilisent les tissus, favorisent l'entrée des maladies et peuvent geler durant l'hiver. Le point critique, dans les situations les plus sévères, c'est l'atteinte du bourgeon terminal : le colza bascule alors en port buissonnant, avec des tiges secondaires plus fragiles, une floraison irrégulière et une chute du nombre de siliques.

Les conséquences possibles sur la croissance et le rendement

Une attaque sévère de larves se traduit par un affaiblissement durable de la culture, pouvant aller de quelques quintaux perdus jusqu'au retournement de la parcelle dans les cas les plus graves. Le colza possède néanmoins une réelle capacité de compensation : un peuplement bien réparti et vigoureux amortit une partie des dégâts, ce qui fait du choix d'une variété de colza vigoureuse un levier de tout premier ordre. C'est tout l'enjeu de la surveillance, qui vise à identifier tôt les situations à risque avant que les symptômes ne s'installent.

Quand l'altise devient-elle dangereuse pour le colza ?

La question qui compte n'est pas seulement « y a-t-il des altises ? », mais « la situation est-elle à risque dans ma parcelle ? ». Le niveau de danger dépend de l'état de la culture et de plusieurs facteurs aggravants.

Situation Niveau de risque Pourquoi Action
Colza levé tôt, stade 4 feuilles atteint Faible à modéré La plante dispose de surface foliaire et compense les morsures Surveillance normale
Levée tardive, colza aux cotylédons ou 1-2 feuilles Élevé Peu de surface disponible, les dégâts vont plus vite que la croissance Observation quotidienne
Faible vigueur automnale Élevé Moins bonne compensation des morsures et des galeries de larves Observation rapprochée
Bordures ou anciens colzas à proximité Modéré à élevé La pression d'altises y est souvent plus forte Suivre bordures et repousses
pousses de colza détruites au mauvais moment Modéré Report possible des petites altises sur les jeunes semis Surveiller les jeunes semis
Automne doux, larves nombreuses Variable à élevé Activité larvaire prolongée, surveillance à maintenir tout l'hiver Renouveler le test Berlèse

Comment surveiller l'altise dans sa parcelle ?

La surveillance repose sur trois gestes complémentaires, à démarrer dès l'arrivée du colza sur la parcelle et à poursuivre jusqu'à la sortie de l'hiver.

Observer les morsures sur plantules

C'est l'observation de terrain qui prime. Parcourez plusieurs zones de la parcelle, hors bordures, et estimez la part de plantes portant des morsures ainsi que la surface foliaire consommée. Comparez toujours ce que vous voyez à la dynamique de croissance : un colza qui pousse vite prend le dessus, un colza à l'arrêt se fait dévorer.

La cuvette jaune : un outil de détection, pas de décision

Placée en position enterrée, la cuvette jaune sert à détecter l'arrivée puis l'activité des altises d'hiver. C'est un signal d'alerte utile pour savoir quand renforcer l'observation. Attention toutefois : le nombre de captures n'est pas directement corrélé au nombre d'insectes présents ni aux dégâts potentiels. La cuvette détecte, elle ne décide pas. Pour affiner le suivi du risque, l'institut technique des oléagineux met à disposition des outils d'aide à la décision : Terres Inovia détaille la gestion des grosses altises adultes.

Compter les larves avec la méthode Berlèse

Pour évaluer le risque larvaire, la méthode Berlèse reste la plus fiable. Le principe :

  1. prélever un échantillon de plantes représentatif de la parcelle ;
  2. faire sécher les plantes pour faire migrer les larves ;
  3. récupérer et compter les larves extraites ;
  4. interpréter le résultat au regard de la vigueur du colza, une plante robuste supportant davantage.

L'évaluation se réalise généralement en novembre, souvent à partir de la première ou deuxième quinzaine selon les régions et la dynamique de vols, puis se renouvelle toutes les trois à quatre semaines en conditions à risque ou par hiver doux.

À partir de quel seuil intervenir contre l'altise ?

Règle d'or : l'intervention contre les adultes ne se justifie que tant que le colza n'a pas atteint 3 à 4 feuilles et que sa survie est menacée. Le seuil indicatif est atteint lorsque 8 pieds sur 10 présentent des morsures et qu'environ 25 % de la surface foliaire est consommée. Mais ce seuil ne se lit jamais seul : la vitesse d'accumulation des dégâts comparée à la vitesse de croissance du colza est le vrai critère de décision, à suivre quasiment au jour le jour.

Situation Lecture du risque
Colza avant 3-4 feuilles avec morsures qui progressent vite Surveillance rapprochée, risque élevé
8 pieds sur 10 mordus et environ 25 % de surface foliaire consommée Seuil indicatif atteint
Colza à 4 feuilles ou plus, en croissance active Intervention sur adultes généralement non justifiée
Dégâts qui progressent moins vite que la croissance Risque à relativiser

Calendrier de surveillance de l'altise du colza

Ce calendrier synthétise les temps forts de la surveillance, du semis à la sortie de l'hiver. Il reste indicatif : les dates varient selon la région, la date de semis et la météo de l'année.

Période Stade du colza Ravageur surveillé Action
Août à septembre Levée, cotylédons Petites altises Observer morsures, bordures et repousses
Mi-septembre à octobre 1 à 4 feuilles Grosses altises adultes Cuvette jaune et observation des dégâts
Novembre 5 feuilles et plus Larves de grosses altises Test Berlèse
Décembre à janvier Repos hivernal Larves Renouveler l'évaluation si l'hiver est doux
Sortie d'hiver Reprise de végétation Symptômes larvaires Évaluer la vigueur et les dégâts sur la plante

Comment limiter les dégâts d'altise sur colza ?

Il n'existe pas de solution unique contre l'altise. La stratégie efficace combine plusieurs leviers, dont le plus déterminant reste un colza robuste, capable d'atteindre vite les stades qui le mettent hors de danger.

Réussir l'implantation pour obtenir un colza robuste

La cinétique de pousse à l'automne est le premier facteur de robustesse : une plante dynamique supporte bien mieux les agressions. L'objectif est d'atteindre rapidement le stade 4 feuilles, idéalement vers le 20 septembre, avant l'arrivée des adultes de grosses altises. Viser environ 800 g/m² de biomasse à la mi-octobre, puis au moins 1,5 kg/m² à l'entrée de l'hiver, donne au colza les moyens de mieux faire face aux ravageurs d'automne (source : Terres Inovia). Tout se joue donc dès le semis du colza, avec une levée précoce et homogène. Nos leviers génétiques pour une bonne implantation détaillent ces objectifs de développement automnal.

Choisir une variété vigoureuse au départ

Dans un contexte où la lutte insecticide doit être de plus en plus raisonnée, le choix variétal devient un levier central. Il s'agit de privilégier des variétés à forte dynamique automnale, associant vigueur de départ et biomasse importante avant l'hiver. Certaines variétés LG affichent même un bénéfice spécifique en situation de pression automnale d'altises, via le critère « Résilience altises », en complément d'atouts comme « Install + ». Bien conduit, ce choix variétal du colza permet à la plante de prendre les altises de vitesse plutôt que de subir.

Mobiliser les leviers agronomiques complémentaires

Plusieurs pratiques renforcent la robustesse de la culture :

  • semer tôt pour donner au colza le temps de s'installer avant les premières attaques ;
  • maîtriser la densité de semis pour un peuplement régulier ;
  • associer des plantes compagnes, notamment des légumineuses gélives, qui semblent limiter les dégâts ;
  • raisonner un engrais starter pour soutenir la dynamique de départ ;
  • gérer les résidus et les repousses pour réduire les abris et les reports de population.

Raisonner la lutte insecticide selon le risque réel

La lutte insecticide reste un recours, jamais une réponse automatique. Dans le contexte actuel, elle se raisonne en tenant compte de plusieurs éléments : intervenir uniquement si le risque est réel et la culture menacée, considérer le stade et la vitesse de croissance du colza plutôt que le seul comptage, tenir compte du contexte local de résistance aux pyréthrinoïdes, variable selon les secteurs, et vérifier les solutions autorisées ainsi que les recommandations régionales actualisées. Notre dossier sur la protection du colza rappelle pourquoi le traitement seul ne suffit plus à gérer les ravageurs d'automne.

Questions fréquentes sur l'altise du colza

Comment reconnaître une altise sur le colza ?

L'altise est un petit coléoptère qui saute dès qu'on l'approche. La petite altise mesure 2 à 2,5 mm, la grosse altise 3,5 à 5 mm avec un corps noir à reflets bleutés et des pattes rousses. Le premier signe au champ est le criblage régulier des jeunes feuilles par de petites morsures circulaires.

Quelle différence entre grosse et petite altise ?

La petite altise (altise des crucifères) arrive dès la levée, souvent en août-septembre. La grosse altise (altise d'hiver) intervient plus tard, à partir de mi-septembre, et ses larves causent des dégâts en profondeur durant l'hiver. C'est cette dernière qui présente généralement le risque le plus lourd.

Quand intervenir contre les altises sur colza ?

L'intervention contre les adultes ne se justifie que tant que le colza n'a pas atteint 3 à 4 feuilles et que sa survie est en jeu. Le seuil indicatif est atteint lorsque 8 pieds sur 10 présentent des morsures et qu'environ 25 % de la surface foliaire est consommée. Au-delà de 4 feuilles et en croissance active, l'intervention sur les adultes est généralement inutile.

Quand surveiller les larves de grosse altise ?

L'évaluation du risque larvaire, notamment par la méthode Berlèse, se réalise généralement en novembre, selon les régions et la dynamique de vols. Elle se renouvelle toutes les trois à quatre semaines si les conditions restent à risque ou si l'hiver est doux.

Qu'est-ce qu'un colza buissonnant ?

Le port buissonnant survient quand les larves atteignent le bourgeon terminal. La plante développe alors des tiges secondaires plus fragiles, avec une floraison irrégulière et une baisse du nombre de siliques. C'est souvent le symptôme le plus pénalisant, pouvant conduire au retournement de la parcelle.

En résumé : un colza robuste supporte mieux la pression altises

Face à l'altise du colza, la défense la plus solide se construit avant même l'arrivée du ravageur. Un semis réussi, une levée rapide vers le stade 4 feuilles et une variété à forte vigueur de départ donnent à la culture les moyens d'encaisser les morsures d'automne et les galeries d'hiver. La surveillance à la parcelle et le raisonnement de l'intervention font le reste. Pour bâtir cette robustesse dès la génétique, découvrez les variétés de colza d'hiver LG et leurs atouts face aux ravageurs.

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