Les fourragères représentent un vaste ensemble d’espèces et de variétés. Ces plantes, véritable culture à part entière, sont principalement destinées à l’alimentation animale en agriculture (élevage de vaches, moutons, etc.). Semées en plein champ, elles nourrissent nos troupeaux de bien des manières : pâturage, ensilage, foin, … Voici tout ce que vous devez savoir sur les prairies !

Deux grandes familles d’espèces fourragères se distinguent :

  • les graminées (Poacées), plantes qui apportent principalement l'énergie et les fibres de la ration telles que les ray-grass, fétuques, dactyles, bromes, etc.
  • les légumineuses (Fabacées) qui sont riches en protéines comme la luzerne, les trèfles, le sainfoin et bien d’autres.

Plusieurs méthodes d’exploitation possibles, deux grandes familles complémentaires pour constituer les rations et qui peuvent donc être associées, des pérennités différentes, … Mais comment être sûr de faire les bons choix pour nourrir au mieux nos troupeaux avec une "herbe" de qualité ?

Choix des espèces

En agriculture, le choix des espèces fourragères doit être mûrement réfléchi car il vous permettra d’apporter une nutrition optimale à vos animaux. En plus de conduire le système vers plus d'autonomie fourragère, vous vous assurerez une bonne production (lait et/ou viande). Pour guider vos choix, voici 5 questions essentielles à se poser pour chaque parcelle :

Quel sera mon système d’exploitation ?

Pour choisir les bonnes espèces, vous devez avant tout cibler quelle sera leur utilisation. Pour le pâturage, préférez des espèces appétentes, qui tolèrent le piétinement et qui sont tolérantes aux maladies. Vous envisagez la fauche ? Plusieurs conduites sont possibles : l’affouragement en vert, l’ensilage qui devra être constitué de variétés suffisamment riches en sucre, l’enrubannage privilégié pour faciliter la conservation et enfin le foin.
>> Découvrez quelles sont les espèces adaptées selon les usages.

Quelle pérennité pour ma prairie fourragère ?

Toutes les espèces n’ont pas la même durée de vie, ce sont les rotations pratiquées sur votre exploitation ainsi que vos objectifs qui vous permettront de sélectionner celles en adéquation avec ces critères. Nous distinguons 3 grandes catégories : les courtes, les moyennes et les longues durées.  >> Voir nos conseils.

Quelles sont les conditions climatiques de mon exploitation ?

Pour les trois grands types de critères climatiques que sont le froid, la sécheresse et la chaleur, il faudra sélectionner des fourragères spécifiques.

  • Face au froid, quasiment toutes les espèces sont tolérantes à condition que les plantes aient atteint le stade 3 feuilles avant les premières gelées.
  • En cas de sécheresse, nous allons rencontrer 2 cas de figure : soit la plante va arrêter de pousser et se dessécher pour redémarrer dès que les conditions climatiques le permettront ; Soit la plante va se dessécher et mourir.
  • La plupart des espèces poussera bien sous une chaleur allant jusqu’à 30 - 35 °C à partir du moment où l’eau sera facilement accessible. Cependant, certaines vont entrer en dormance estivale à compter de 25 °C afin de conserver leur énergie et ainsi pouvoir survivre. Il faudra donc penser à associer une légumineuse, telle que le trèfle blanc, pour vous assurer un minimum de production durant les phases charnières estivales.

Retrouvez le détail des espèces conseillées pour chaque type de climat dans notre page Conseil >> Quelles espèces sous mon climat ?

Quel est mon type de sol ?

Attention aux sols hydromorphes qui ne sont vraiment pas adaptés à certaines espèces comme le brome, le dactyle ou la luzerne. Les sols acides sont surtout problématiques pour assurer un bon développement des luzernes.
On vous dit tout ici >> Quelles espèces pour mon sol ?

Quelle sera ma période de production ?

Afin de s’assurer une bonne productivité tout au long de l’année, il est essentiel de diversifier ses prairies afin d'étaler au mieux la production d'herbe sur l'exploitation. La complémentarité des espèces pourra ainsi permettre de lisser les pics de productions mais aussi répartir les risques selon les conditions climatiques. Notre dossier diversifier ses prairies pour une production toute l’année vous aidera à choisir les bonnes espèces dans les parcelles appropriées.

Éléments supplémentaires à connaître

Vous devez également tenir compte des besoins de votre troupeau et de la manière dont vous allez le nourrir (pâturage, ensilage ou foin) : la qualité alimentaire est essentielle.
Il est également nécessaire d’avoir en tête la vitesse d’installation de sa prairie (les espèces les plus pérennes sont souvent les plus lentes d’implantation).

Choix des variétés

Plusieurs stades repères et critères variétaux vont vous guider dans le choix de vos variétés fourragères. Voici tout ce que vous devez connaître avant de vous lancer !

Le départ en végétation et la souplesse d’exploitation

Le départ en végétation correspond au « réveil » de la prairie. Ce stade repère est atteint lorsque 2 conditions sont réunies : atteindre le « zéro végétation » et atteindre le cumul d’une somme de base 0 à compter du 1er janvier. 
La souplesse d’exploitation est une période qui débute au départ en végétation et se termine au début de l’épiaison. Exprimée en nombre de jours, elle correspond à la période possible de pâturage. Plus la souplesse sera longue, plus il sera possible de conserver son fourrage sur pied avant de le faire pâturer. Ce critère essentiel varie d’une variété à l’autre ! 
>> Prendre en compte le démarrage en végétation et la souplesse d’exploitation.

L’alternativité et la remontaison

Nous parlons d’alternativité lorsque la plante commence son cycle de reproduction l’année du semis. La variété alternative monte donc en épis l’année du semis contrairement aux plantes non-alternatives, qui elles, ne produiront que des pousses feuillues (très bonnes pour le pâturage) la première année.
La remontaison qualifie l’aptitude des plantes à refaire des épis ou des fleurs après une exploitation. Pour aider dans la sélection des variétés fourragères, le GEVES a mis en place une règle de notation de la remontaison allant de 1 à 9 (1 étant peu remontant et 9 très remontant). Découvrez quelles sont les variétés à privilégier pour la fauche et pour le pâturage.

Savoir ce qu’est la ploïdie

La ploïdie est un critère variétal qui ne concerne que les ray-grass et le trèfle violet. Les fourragères sont généralement diploïdes : elles ont 2 paires de chromosomes. Un traitement à la colchicine permet à la plante de devenir tétraploïde et donc d’avoir 4 paires de chromosomes. Cette méthode offre des variétés plus appétentes et globalement plus rustiques, elles seront plus résistantes aux accidents climatiques et aux maladies. >> En savoir plus sur la ploïdie

Semis

Pour savoir comment conduire vos cultures, ou simplement essayer de gagner en productivité, voici nos conseils :

Pour réussir son semis et s’assurer une bonne vitesse d’implantation de sa prairie, il faut avant tout préparer son lit de semences fourragères comme il se doit. Pour une germination rapide, il faudra travailler sur un sol réchauffé et le travailler de manière fine et aérée pour permettre aux semences fourragères, qui sont de très petites tailles, de bien s’implanter : « nous devons pouvoir rouler sur la terre à vélo ! ».
Il sera également nécessaire de semer à la bonne dose et d’avoir le matériel adapté (un semoir à céréales peut tout-à-fait convenir !). Puis vous devrez raisonner la vitesse et la profondeur de semis et surtout bien mélanger vos semences dans la trémie régulièrement en cas d’associations ou de mélanges pour éviter la sédimentation.

 
Fertilisation

L’azote, tout comme l’eau, est indispensable pour assurer la bonne croissance des plantes. Les graminées peuvent s’alimenter en azote grâce la minéralisation de la matière organique du sol, à la redistribution des légumineuses qui stockent l’azote de l’air (présent dans le sol) et aux apports organiques tels que le fumier, lisier et autres. Seulement cela n’est pas toujours suffisant et il est donc nécessaire d'instaurer un apport d’azote minéral.

L’apport de phosphore (P) et de potassium (K) est également recommandé mais n’est pas à systématiser, d’autant plus s’il s’agit d’apport sur une prairie pâturée ou sur une prairie de fauche. Découvrez comment raisonner la fertilisation P et K.

 
Protection

Les maladies, provenant de virus, champignons, bactéries et même apportées par certains insectes, peuvent diminuer la productivité et la pérennité des plantes fourragères qui seront moins appétentes et donc moins consommées par vos élevages. Dans certains cas, cela peut même conduire à la formation de maladies chez les animaux. Choisir des variétés tolérantes aux maladies est le seul moyen de lutte dont dispose l’éleveur car aucune solution chimique n’existe pour les contrer contrairement aux autres cultures.

Récolte

Chaque éleveur doit définir son stade optimal de récolte des fourragères en fonction des besoins de son troupeau. Plus nous avançons dans le cycle des plantes, plus le rendement en matière sèche est important ; mais parallèlement, la valeur alimentaire diminue. La valeur alimentaire des fourrages atteint son maximum au stade feuillu, pour en savoir plus consultez le dossier >> récolter ses prairies au bon stade.
Attention tout de même, tous les systèmes d’exploitation de graminées ont leur propre stade optimal de récolte.

Voici l’ensemble des éléments à connaître pour être sûr de parvenir à un investissement rentable pour votre exploitation et vous permettre d’être autonome dans l'alimentation de vos troupeaux.
Si vous hésitez, notre outil gratuit LG Vision Gestion Prairies vous apportera des conseils à chaque étape de conduite de votre système fourrager !

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